Le 3 janvier 2025, les Etats-Unis ont commis le crime suprême d’agression contre le Venezuela et kidnappé son Président, Nicolas Maduro, ainsi que son épouse. Voici le discours intégral prononcé par la vice-présidente Delcy Rodriguez. Ce point de vue ne sera pas mis en avant sur Mediapart : si le soutien à Zelensky y est revendiqué, celui à l’impérialisme américain, bien que tacite, n’en est pas moins marqué. Voir, en fin de discours, des commentaires sur la ligne atlantiste de Mediapart.

Déclaration de la vice-présidente Delcy Rodríguez devant le Conseil de défense de la Nation, le 3 janvier 2026, à la suite de l’agression américaine et de l’enlèvement du président vénézuélien et de son épouse.

Traduction : Alain Marshal

Comme le savent bien le peuple vénézuélien et la communauté internationale, aujourd’hui, à exactement 1h58 du matin, le gouvernement des États-Unis a lancé une agression militaire sans précédent contre la République bolivarienne du Venezuela. Cela constitue une tache terrible dans le développement des relations bilatérales.

Au cours de cette opération militaire, le président Nicolás Maduro et la première dame, première combattante, Cilia Flores, ont été enlevés. Nous avions déjà averti qu’une agression était en cours, sous de faux prétextes et de fallacieuses excuses, et que les masques étaient tombés. Cette agression n’avait qu’un seul objectif : le changement de régime au Venezuela, afin de permettre l’appropriation de nos ressources énergétiques, minières et naturelles. Tel est le véritable objectif, et le monde comme la communauté internationale doivent en être pleinement conscients.

Nous avons convoqué ce Conseil de défense de la Nation, auquel participent les pouvoirs publics de l’État vénézuélien. Sont présents à nos côtés le président du pouvoir législatif du Venezuela, le docteur Jorge Rodríguez ; la présidente du pouvoir judiciaire, la docteure Carilia Beatriz ; et le président du pouvoir moral, le procureur général Tarek William Saab. Nous sommes également accompagnés du ministre de la Défense, du chef du CEO [Commandement stratégique opérationnel de la Force armée nationale bolivarienne – CEOFANB], du vice-président chargé de la sécurité citoyenne, du Conseil des vice-présidents, ainsi que du ministre des Affaires étrangères de la République bolivarienne du Venezuela, en plus d’invités spéciaux que nous avons conviés à ce Conseil de défense de la Nation.

Depuis cette instance, nous exigeons la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. Le seul président du Venezuela est le président Nicolás Maduro. Sont ici réunis les plus hauts responsables de l’État vénézuélien : le haut commandement militaire, les plus hautes autorités de l’État et la direction du Conseil des vice-présidents.

Tous les acteurs politiques du pouvoir national au Venezuela sont aujourd’hui réunis. Mais dans les rues du pays, le peuple s’est également mobilisé en réponse à l’appel lancé auparavant par le président de la République. Il avait averti que, si quelque chose lui arrivait, le peuple descendrait dans la rue ; les militants se mobiliseraient sur leurs lieux de travail ; la Force armée nationale bolivarienne serait activée et déployée sur l’ensemble du territoire national ; et les organismes de sécurité citoyenne entreraient en action. Tout le pouvoir national du Venezuela est mobilisé pour réaffirmer ce que nous sommes par héritage, en tant que fils et filles de Simón Bolívar. Par héritage, nous avons le devoir sacré de protéger notre indépendance nationale, notre souveraineté et notre intégrité territoriale, qui ont été sauvagement attaquées à l’aube aujourd’hui.

La communauté internationale s’est rassemblée et a élevé la voix en soutien au Venezuela. De la Chine à la Russie, de l’Amérique latine aux Caraïbes, de l’Afrique à l’Asie, les gouvernements du monde entier sont tout simplement stupéfaits que la République bolivarienne du Venezuela soit la victime et la cible d’une attaque de cette nature, qui porte sans aucun doute une empreinte sioniste. C’est véritablement honteux.

Notre Père libérateur [Bolivar] l’avait déjà exprimé dans la Lettre de Jamaïque [1815] : « Le voile s’est déchiré, nous avons déjà vu la lumière, et l’on veut nous replonger dans les ténèbres. Les chaînes ont été brisées, nous avons déjà été libres, et nos ennemis cherchent à nouveau à nous asservir. » S’il est une chose que le peuple vénézuélien et ce pays savent avec certitude, c’est que nous ne serons plus jamais esclaves, que nous ne redeviendrons jamais les colonies d’aucun empire, quel qu’il soit.

Je reprends les paroles du président Nicolás Maduro qui, il y a à peine deux jours, lors d’une interview télévisée, réaffirmait publiquement la volonté de ce gouvernement de maintenir le dialogue afin d’aborder un agenda constructif. Et la réponse a été cette agression, qui viole de manière flagrante les articles 1 et 2 de la Charte des Nations unies.

Le président Maduro a tendu la main au peuple des États-Unis. En véritable chef d’État, il a réaffirmé ce que doivent être les canaux de communication diplomatiques, politiques et institutionnels d’un État, d’un véritable État, un État qui assume les relations internationales pour le bien-être des peuples, pour l’amitié, pour la coopération et pour des relations respectueuses du droit international. Voilà ce que nous sommes, nous, les Vénézuéliens et les Vénézuéliennes.

C’est pourquoi nous appelons le peuple vénézuélien à demeurer calme, afin d’affronter ensemble, dans une parfaite union nationale, cette fusion policière, militaire et populaire, pour qu’elle ne forme qu’un seul corps, et que nous traversions cette étape extraordinaire de défense de notre souveraineté et de notre indépendance nationale unis comme un seul corps, afin de défendre notre cher Venezuela.

Ce Venezuela que nous avons hérité du plus grand homme qu’ait connu l’histoire universelle. Ce Venezuela hérité de Bolívar, de Simón Bolívar, de [Francisco de] Miranda, de [Rafael] Urdaneta, de [la bataille d’] Ayacucho, de nos héros, de nos héroïnes, des martyrs qui se sont enracinés dans cette terre sacrée pour défendre la dignité d’un peuple qui ne se rend pas, d’un peuple qui ne capitule pas et qui ne sera plus jamais la colonie de qui que ce soit : ni des anciens empires, ni des nouveaux, ni des empires en déclin. Nous sommes résolument déterminés à conquérir la liberté.

Ce qui est infligé aujourd’hui au Venezuela est une barbarie. L’encercler, le soumettre au blocus, est une barbarie qui viole tous les mécanismes du système international des droits humains, et qui constitue des crimes contre l’humanité. Nous avons déjà démontré ce qu’a été l’année 2025 : la lutte de notre peuple, de nos travailleurs, de nos entrepreneurs, de nos communautés, de nos paysans, de nos pêcheurs. Tout le Venezuela uni autour d’un même projet productif pour garantir les biens et services de notre peuple, pour assurer l’alimentation, les médicaments et les biens essentiels. C’est pourquoi nous appelons aujourd’hui à la défense de la vie.

Qu’aucun Vénézuélien, qu’aucune Vénézuélienne ne reste à l’écart. Car les extrémistes qui ont promu cette agression armée contre notre pays devront en répondre devant l’histoire et devant la justice. Nous n’en doutons pas un instant. Le peuple vénézuélien les a déjà relégués là où ils doivent être : dans les poubelles de l’histoire. Et le peuple vénézuélien conscient, animé par le feu sacré de la patrie, est profondément indigné par ce qui constitue l’enlèvement illégal et illégitime du président et de la première dame, la première combattante, Cilia Flores.

Tout le Venezuela est mobilisé. Et le décret déjà signé par le président Maduro, seul président du Venezuela, car il n’y a qu’un seul président dans ce pays, Nicolás Maduro Moros, est en cours de transmission, par ce Conseil de défense de la Nation, à la présidente de la Cour suprême de justice, afin qu’il reçoive l’aval constitutionnel de la Chambre constitutionnelle. Tout cela dans le strict respect de la Constitution.

Nous l’avons appris du commandant Chávez, face aux vicissitudes, face aux coups d’État, face aux sabotages pétroliers. Nous sommes prêts à défendre le Venezuela. Nous sommes prêts à défendre nos ressources naturelles, qui doivent servir au développement national. Aujourd’hui, le peuple vénézuélien est pleinement conscient de l’importance stratégique de ses hydrocarbures et de ses ressources énergétiques.

Ainsi, ce Conseil de défense de la Nation est activé. Il est désormais pleinement établi et dans l’attente de la décision de la Chambre constitutionnelle, que nous espérons imminente, afin qu’elle approuve le décret d’état de commotion externe édicté et signé par le président Nicolás Maduro, et que toutes les mesures prévues par ce décret soient appliquées à compter de maintenant.

À notre Venezuela, à notre peuple, nous affirmons qu’il existe ici un gouvernement clair et ferme. Et je répète, je répète encore les paroles du président, que je fais miennes : nous sommes disposés à établir des relations fondées sur le respect. Nous sommes disposés à des relations dans le cadre de la légalité internationale et des lois de la République bolivarienne du Venezuela. C’est la seule forme de relation que nous accepterons après que notre nation bien-aimée et la capitale qui a vu naître notre Père libérateur, Simón Bolívar, ont été attaquées et agressées militairement.

Dans l’union nationale, le peuple vénézuélien trouvera le chemin de la paix et de la tranquillité. Ceux qui recourent à la force, ceux qui recourent à la violence en violation de la légalité internationale, ne sont pas dans leur droit. Nous, nous disposons de la légitimité historique et de la légitimité morale pour rester fermes dans la défense de la paix, de la tranquillité, du droit à l’avenir du Venezuela, du droit du peuple vénézuélien à la patrie et du droit à un avenir et au bonheur social de notre peuple.

Chevauchant aux côtés de notre Père libérateur à Angostura, nous chevauchons avec lui dans la Campagne admirable. Nous chevauchons pour libérer la grande patrie. Et nous appelons les pays et les peuples de la grande patrie à rester unis, car ce qu’ils ont fait aujourd’hui au Venezuela, ils peuvent le faire à n’importe quel autre peuple. Cette utilisation brutale de la force pour briser la volonté des peuples peut être infligée à n’importe quel pays. Aujourd’hui, elle a frappé le peuple de Bolívar.

Et soyez-en certains : le peuple vénézuélien, peuple sage, patient, doté d’une patience stratégique, saura trouver le chemin pour défendre la paix, pour défendre la tranquillité et pour défendre la patrie.

Un immense merci à tous les Vénézuéliens et à toutes les Vénézuéliennes.


Le commentaire le plus recommandé sur un article de Une de Mediapart du 3 janvier consacré au Venezuela fustigeait : 

« Pour condamner la Russie en Ukraine, c’était la grosse artillerie dès le jour 1.

Quand c’est l’Oncle Sam qui commet le crime suprême d’agression, les condamnations sont inexistantes. Mediapart renvoie « courageusement » dos à dos Trump et Maduro. C’est ça, le « journalisme engagé » ? »

Florilège des citations de l’article du jour n° 1 sur l’Ukraine introuvables sur le Venezuela :

  1. « [Aujourd’hui, le monde a changé. Pour une fois, ce n’est pas exagéré ni inutilement dramatique de l’affirmer. Le “tragique de l’Histoire” n’est plus une formule ampoulée. Il s’incarne dans des faits.] L’attaque lancée à cinq heures du matin par les troupes russes sur le sol ukrainien a écarté définitivement la possibilité – encore ténue jusqu’alors – que la crise politico-militaire russo-ukrainienne ne trouve une issue diplomatique.  »
  2. « [Plus important encore, l’ampleur de cette attaque et la façon dont elle a été décidée font franchir un seuil au système international tel qu’il évoluait jusque-là. Et ce] franchissement est probablement sans retour. [D’où le vertige exprimé par de nombreux spécialistes et protagonistes des relations internationales, qui n’hésitent pas à évoquer un “changement d’époque”, l’idée que le monde est désormais “différent”, ou est entré dans une “nouvelle ère”.] » 
  3. « une invasion d’un État voisin par une grande puissance militaire et nucléaire, avec pour objectif affiché de renverser son gouvernement, sans que ce dernier l’ait provoqué militairement. »
  4. « la Russie a déjà transgressé le principe d’intangibilité des frontières […] Mais l’ampleur de l’offensive fait cette fois-ci la différence. »
  5. « les objectifs de “démilitarisation” et de “dénazification” invoqués par Poutine s’inscrivent dans un recours à la force qui s’accommode de justifications délirantes. »
  6. « le président russe prouve là son mépris pour le droit international, et n’essaie de l’habiller d’aucune manière. »
  7. « Au passage, plusieurs principes endossés par l’État russe sont bafoués. » (mémorandum de Budapest, accords d’Helsinki).
  8. « Une fois l’agression militaire de l’Ukraine posée »
  9. « les visées impérialistes russes en Ukraine »
  10. « [la guerre lancée par la Russie pourrait remettre en cause rien de moins que la longue marche de l’humanité vers une société plus pacifiée]… il redevient normal pour les pays puissants d’écraser leurs voisins plus faibles » (citation reprise sans distance) 

Réagissant à un article Mediapart du 18 octobre, je dénonçais :

« Effarant cette absence assourdissante du droit international, face à une menace de crime suprême d’agression et à des assassinats extra-judiciaires (des « narcotrafiquants présumés », au mépris de la présomption d’innocence et de l’absence totale de preuves…). Et que dire du prétexte (la lutte contre la drogue), battu en brèche même par le très-docile New York Times… Le Venezuela ne tiendrait pas 3 jours ? Mais quel mépris pour les peuples ! Et quelle méconnaissance grossière de l’histoire !

La servilité atlantiste a-t-elle des limites ? »


Source : Le Blog d’Alain Marshal
https://alainmarshal.org/…

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