Par Amar Djerrad
Moncef Marzouki est un ancien homme d’État tunisien qui a passé son adolescence au Maroc. Médecin de formation, écrivain et militant des droits de l’homme, il est le fils d’un magistrat. Il a écrit, entre autres, un ouvrage intitulé “On gagne… ou on gagne. Pour un printemps arabe”. Le “tartour” tunisien – condamné, par contumace, à 22 ans de prison pour des accusations liées à des atteintes à la sûreté de l’État et au terrorisme – revient à la charge contre l’Algérie.
Après son licenciement de la faculté de médecine de Sousse en 2000 et son incarcération, la France de Jacques Chirac l’a accueilli. Il y a été nommé professeur invité de santé publique grâce au soutien du professeur Lazarus, qui l’avait rencontré lors d’un colloque d’Amnesty International. Il a été décoré de la Légion d’honneur en France en juillet 2013, puis de l’Ordre de la souveraineté au Maroc en mai 2014.
Il a fondé et présidé le Congrès pour la République (CPR) de 2001 à 2011, année de son élection à la fonction de président de la République tunisienne par les membres de l’Assemblée constituante. Lors des élections de 2011, son parti a obtenu la deuxième place derrière Ennahdha. Durant la campagne, il a affirmé l’identité arabo-musulmane du pays, accusant ses adversaires d’être une « vieille gauche laïcarde et francophone déconnectée des vrais problèmes de la société tunisienne ». En février 2012, Marzouki a renvoyé l’ambassadeur syrien.
Marzouki devint le pantin du Qatar, un État accusé de déstabiliser les États-nations tout en permettant aux puissances de l’OTAN et à « l’internationale islamiste » de faire de la Tunisie une base contre la Syrie et la Libye. Il a accueilli en 2012 une réunion des « Amis de la Syrie », que le ministre syrien de l’Information, Adnane Mahmoud, a qualifiée d’« amis de Washington et ennemis de la Syrie ». En reconnaissant le CNS comme représentant légitime des Syriens, il a appelé le président syrien à quitter le pouvoir. Des médias tunisiens lui ont reproché d’avoir été complaisant dans l’envoi de terroristes tunisiens en Syrie.
Son premier voyage officiel à l’étranger eut lieu en Libye en 2012, pour y rencontrer Moustapha Abdeljalil. Il y déclara être disposé à extrader Baghdadi Mahmoudi, dernier chef du gouvernement libyen, à la seule condition d’obtenir des garanties quant à un jugement équitable. Malgré cette réserve, Mahmoudi fut extradé, illustrant la faiblesse de ses prérogatives, un épisode qui lui valut sur les réseaux sociaux le sobriquet de « tartour » (pantin).
En 2013, sur Al Jazeera, il mit en garde les « extrémistes laïcs », affirmant que « si un jour ils réussissent à prendre le pouvoir, de n’importe quelle manière », ils feraient face à « une grande révolution, plus importante que la première » et risqueraient des « peines de pendaison ».
En 2014, lors d’un meeting, des individus lui lancèrent des chaussures en scandant « dégage ». Par la suite, en 2016, il apporta son soutien à l’ancien président égyptien Mohamed Morsi.
À nouveau candidat en 2019 (sous Hizb el-Harak, parti rebaptisé), il fut éliminé dès le premier tour, avant de se retirer de la vie politique. Au dernier jour de campagne, il marqua les esprits en jetant le microphone au visage d’un journaliste.
Son hostilité envers l’Algérie est manifeste à travers ses positions pro-Makhzen sur la fermeture des frontières et le blocage supposé de « l’Union Maghrébine » par Alger. On lui reproche de tenter de saborder les rapports bilatéraux actuels, ainsi que l’entente sur le dossier libyen, notamment l’accueil par Tunis de pourparlers mal perçus par Rabat et par Marzouki lui-même.
Concernant l’intervention marocaine à El Guerguerat, Moncef Marzouki a directement incriminé l’Algérie. La presse a largement relayé son interview au journal londonien Al-Qods Al-Arabi, où il affirmait : « … il existe des forces déterminées à freiner toute avancée dans le dossier du Sahara occidental … Plus nous avançons vers une solution raisonnable … plus certaines forces procèdent à une sorte de frappe terroriste pour faire capoter le processus … ». Selon lui, « les personnes responsables de l’empêchement de la réalisation du projet de l’Union maghrébine sont à l’origine des récentes opérations menées par le front Polisario … je garde toujours l’espoir que le changement qui se produira en Algérie, grâce au hirak et à l’avènement de la démocratie, mènera au pouvoir une nouvelle génération de dirigeants … Nous ne pouvons pas sacrifier l’avenir de cent millions de Maghreb pour le bien de deux cent mille Sahraouis … »
Suite à la normalisation des relations entre le Maroc et Israël – résultat d’un sale « deal » avec Trump – Moncef Marzouki, fervent défenseur de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, a été contraint de condamner ce « marché de dupes »… à sa manière ! Comme pour dédouaner le Maroc de cette décision, il a déclaré sur sa page Facebook : « Comme j’ai condamné la politique algérienne envers le Sahara occidental […], je condamne aussi clairement la normalisation du régime marocain avec Israël... ». Depuis lors, ses prises de parole, largement relayées par la presse marocaine, s’attachent à attaquer l’Algérie, son armée et sa position immuable sur la question palestinienne. En novembre 2020, Moncef Marzouki a déclaré que « le régime algérien a commis un crime envers son peuple, envers l’Union du Maghreb arabe et envers le peuple sahraoui ».
Relayant le même argumentaire, son acolyte Ahmed Ounaïes — ancien ministre des Affaires étrangères (durant 25 jours) du « Frère » Ghannouchi — est entré lui aussi dans la « danse macabre ». Sur une chaîne privée, il a accusé l’Armée Nationale Populaire (ANP) d’imposer une « carte colonialiste aux pays indépendants de la région ».
Il a notamment soutenu que « si le Maroc normalise ses relations avec Israël, c’est à cause de l’Algérie ». Ahmed Ounaïes a vite oublié ses propres actes et paroles de quelques mois auparavant, entamant un virage à 180° par rapport à l’un de ses écrits d’octobre 2020 sur le site Leaders, où il affichait une position diamétralement opposée ! En août 2020, il avait pourtant été signataire d’un « Appel à mettre fin à la dépossession des Palestiniens de leurs droits » publié par IQNA, une agence iranienne ! Toutefois, jusqu’à la fin de l’année 2025, il a continué de défendre les positions marocaines, tout en critiquant le rôle de l’Algérie dans le blocage de l’unité maghrébine. Pour ces deux individus, certainement bien rémunérés pour affirmer l’inverse de ce qu’ils disaient auparavant, l’ANP serait l’ennemi commun des Algériens, des Marocains et des Tunisiens ! L’hypocrisie et le double jeu sont manifestement le sport favori des Frères Musulmans.
À ce sujet, le Dr Ahmed Bensaada est intervenu à l’époque avec un article intitulé « Hirak : La filière tunisienne » par lequel il explique, avec des preuves, l’infiltration d’ONG tunisiennes, financées par la NED, dans le hirak en collaboration avec le RAJ algérien, opérant selon le programme de « printanisation » !
Ces deux barbons feraient mieux de se préoccuper de leur vieillesse plutôt que de continuer à se mêler de sujets politiques qui les dépassent.
Amar Djerrad
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