Par Tom Fowdy

L’objectif des Etats-Unis n’est évidemment pas de fournir une aide humanitaire, car après tout, qui construirait un port entier dans le seul but d’un projet à court terme ?

Les États-Unis veulent depuis longtemps offrir à Israël le contrôle des ressources en gaz naturel offshore, propriété de l’État palestinien. “Gaza Marine” recèle 2,9313444e+16 de m3 de gaz naturel.

Le président américain Joe Biden a récemment annoncé que les forces américaines prendraient l’initiative de construire un port “temporaire” dans la bande de Gaza. Selon la Maison Blanche, ce port servirait à acheminer l’aide humanitaire à la population assiégée et bombardée de la bande de Gaza, dont on estime qu’environ 30 000 personnes sont mortes au cours de l’invasion incessante d’Israël. Bien que l’objectif d’un tel port détourne l’attention des réalités, à savoir que Tel-Aviv a toujours soumis la région à un blocus naval, il ne faut pas croire le postulat selon lequel l’Amérique irait jusqu’à construire une telle infrastructure par pure bienveillance. Un autre agenda est véritablement en jeu.

En offrant à Israël un soutien inconditionnel pour envahir et occuper la totalité de la bande de Gaza, en dépit de ce que peuvent déclarer les responsables, les États-Unis ont longtemps envisagé de donner à Tel Aviv le contrôle des ressources en gaz naturel offshore qui, en vertu des droits légaux, appartiennent à l’État palestinien. Cette zone, connue sous le nom de “Gaza Marine”, abrite 2,9313444e+16 de m3 de ressources en gaz naturel. Bien qu’il ait été découvert en 2000, Israël n’a jamais permis à l’Autorité palestinienne d’y avoir accès. De même, la bande de Gaza a longtemps été soumise à un blocus maritime et économique efficace, qui a bloqué le développement de ces ressources en dehors du contrôle israélien.

Certains événements mondiaux survenus ces deux dernières années ont considérablement amplifié la valeur stratégique du gaz naturel. En effet, la guerre en Ukraine a conduit les pays occidentaux à rechercher des ressources énergétiques alternatives pour réduire leur dépendance vis-à-vis de Moscou, en particulier celles contrôlées par des pays “amis” qui complètent les objectifs stratégiques des États-Unis. À cette fin, l’intérêt politique pour la mer de Gaza s’est accru et, en juin 2023, le gouvernement israélien a décidé d’“approuver” l’idée de la développer en coopération avec les autorités palestiniennes, ce qui, selon le Hamas, a également donné à la bande de Gaza des “droits sur ce secteur maritime”.

Toutefois, le déclenchement de la guerre israélienne contre Gaza a clairement entraîné un changement de stratégie. À cette occasion, Benjamin Netanyahu a pris la décision politique d’envahir la bande de Gaza dans le but de l’occuper complètement, de faire fi des lignes rouges occidentales et d’en affirmer effectivement le contrôle politique par la suite, ce qui revient à dire qu’elle est “sous le contrôle total d’Israël en matière de sécurité”. Cela signifie, par extension, qu’Israël obtiendra également le contrôle total de l’économie et des ressources de la bande de Gaza, et n’aura donc pas à considérer le gouvernement de la bande de Gaza comme partie prenante dans les négociations sur l’utilisation de ses ressources en gaz naturel. Après tout, l’autorité palestinienne en Cisjordanie se trouve dans un territoire enclavé, loin de la mer, et n’a aucun moyen de contrôler les ressources en gaz naturel qui lui appartiennent pourtant légalement.

Dans ces conditions, il semble suspect que les États-Unis aient décidé de construire un port “humanitaire temporaire” à Gaza. L’objectif n’est évidemment pas de fournir une aide humanitaire, car, après tout, qui construirait un port entier uniquement pour un projet à court terme ? En outre, une telle promesse d’aide maritime fait-elle vraiment une grande différence, alors que les États-Unis continuent à autoriser et à permettre les bombardements israéliens aveugles sur le territoire ? Le véritable objectif à long terme est plutôt d’aider à préparer stratégiquement la bande de Gaza à ce qu’ils considèrent déjà comme la prochaine étape de l’occupation militaire israélienne totale, prémisse à laquelle l’administration Biden et d’autres ont prétendu s’opposer, mais pour laquelle ils n’ont jamais réellement rien fait.

Hisham Khreisat, expert jordanien en affaires militaires et stratégiques, a déclaré à l’agence turque Anadolu que la construction d’un tel port cachait des “objectifs inavoués” et qu’il s’agissait d’une “façade humanitaire dissimulant une migration forcée vers l’Europe”. En d’autres termes, il sera utilisé pour permettre “le déplacement des habitants de Gaza et leur exode vers l’Europe”. En outre, il permettra également à Israël de contrôler chaque point d’entrée dans la bande de Gaza, et il note, à son tour, qu’Israël fermera finalement le checkpoint de Rafah avec l’Égypte lorsqu’il envahira la ville, lui permettant ainsi de contrôler à 100 % les frontières de Gaza, condition essentielle pour mettre un terme à la souveraineté palestinienne.

Sur le plan intérieur, il s’agit également d’une opération de relations publiques permettant à l’administration Biden de donner l’impression qu’elle agit – pour apaiser les critiques, ce qui permet à Netanyahu de continuer à progresser vers le sud et d’envahir Rafah, et donc de poursuivre ses plans sans rencontrer aucune opposition. Par conséquent, bien qu’elle soit présentée au monde comme un acte de bienveillance humanitaire, la construction de ce “port temporaire” fait en réalité partie d’une stratégie plus large soutenue par les États-Unis pour mettre fin à la souveraineté palestinienne sur la bande de Gaza, créer un nouveau débouché pour les flux de réfugiés et ouvrir la voie à Israël pour s’emparer de ses ressources en gaz naturel, complétant ainsi les politiques de concurrence énergétique des États-Unis avec la Russie. Il s’agit là du schéma classique consistant à “tendre une main pour prendre de l’autre”. Le port constitue un atout majeur de ce qui va devenir l’occupation totale de Gaza par Israël.

Tom Fowdy

Article original en anglais :

https://english.almayadeen.net/articles/opinion/the-real-reason-behind-the-us–port–in-gaza

Traduction : Spirit of Free Speech

Image : Capture d’écran. L’objectif n’est évidemment pas de fournir une aide humanitaire (Illustré par © Hady Dbouk – Al Mayadeen English)

La source originale de cet article est almayadeen.net

Copyright © Tom Fowdy, almayadeen.net, 2024

Source : Mondialisation.ca
https://www.mondialisation.ca/…

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