Fumée et débris après une explosion dans la bande de Gaza, vus depuis le sud d’Israël,
mercredi 6 mars 2024. [AP Photo/Ohad Zwigenberg]

Par Andre Damon

Mercredi, le Washington Post et le Wall Street Journal ont rapporté que le gouvernement Biden s’est efforcé de dissimuler les transferts d’armes destinées à Gaza en les divisant en plus de 100 transactions distinctes n’atteignant pas le seuil minimum requis pour être signalées au Congrès.

La révélation de ces transferts d’armes clandestins du gouvernement Biden à Israël montre clairement qu’il est un acteur clé du génocide perpétré par Israël contre le peuple palestinien et qui a déjà tué plus de 35.000 personnes.

À ce jour, le gouvernement Biden n’a rendu publiques que deux ventes d’armes à Israël depuis le début du génocide: une livraison de 106 millions de dollars de munitions pour chars et de 147,5 millions de dollars de composants pour obus d’artillerie.

Mais ces livraisons ont été accompagnées de plus de 100 envois d’armes plus petits, inférieurs au seuil minimum requis pour devoir en rendre compte au Congrès.

Ces livraisons secrètes d’armes comprennent «des milliers de munitions guidées de précision, des bombes de petit diamètre, des destructeurs de bunkers, des armes de petit calibre et d’autres armes meurtrières», rapporte le Washington Post.

Dans son article, le Wall Street Journal note que «les armes fournies par les États-Unis depuis le début de la guerre de Gaza comprennent au moins 23.000 armes guidées de précision, y compris des missiles air-sol Hellfire, des drones et des kits de munitions d’attaque directe, qui transforment les bombes non guidées en bombes “intelligentes”, ainsi que d’autres armes similaires».

Pour défendre les actions du gouvernement Biden, le porte-parole du département d’État, Matt Miller, a déclaré au Washington Post que le gouvernement avait « suivi les procédures spécifiées par le Congrès-même pour tenir les membres bien informés et il informe régulièrement les membres même lorsque la notification officielle n’est pas une exigence légale».

Cette déclaration revient en fait à admettre que le gouvernement Biden a explicitement structuré ses transferts d’armes à Israël de manière à contourner les mesures de contrôle du Congrès qu’il a décrites.

Lorsque le Washington Post lui a demandé d’indiquer la valeur totale des armes transférées par les États-Unis à Israël depuis le 7 octobre, Miller a refusé de répondre.

Autrement dit, le degré réel d’implication des États-Unis dans le génocide de Gaza est un secret pour la population américaine.

Les États-Unis fournissent chaque année plus de 3,3 milliards de dollars de financement militaire à Israël, soit plus que tout autre bénéficiaire de l’aide étrangère américaine. Le gouvernement Biden a demandé au Congrès de fournir une aide militaire supplémentaire de 17,6 milliards de dollars.

Le Post cite Jeremy Konyndyk, ancien haut fonctionnaire du gouvernement Biden et actuel président de Refugees International. Ce dernier observe que «les États-Unis ne peuvent pas soutenir que, d’une part, Israël est un État souverain qui prend ses propres décisions et que nous n’allons pas les remettre en question, et, d’autre part, transférer ce niveau d’armement en si peu de temps et faire comme si nous n’étions pas directement impliqués».

En réalité, les efforts du gouvernement Biden pour prendre publiquement ses distances avec le génocide de Gaza sont totalement fallacieux.

Au début du mois, on a demandé à John Kirby, porte-parole du Conseil national de sécurité américain, si les États-Unis réduiraient leur aide militaire à Israël si ce dernier attaquait la ville de Rafah, située à l’extrême sud de la bande de Gaza, sans tenir compte de «ce qui arrive aux civils».

À cette question, Kirby a répondu: «Nous continuerons à soutenir Israël. Ils ont le droit de se défendre contre le Hamas, et nous continuerons à nous assurer qu’ils disposent des outils et des capacités nécessaires pour le faire».

Pour enfoncer le clou, Politico a rapporté mardi, sur la base des déclarations de trois responsables américains, que «le gouvernement Biden ne prévoit pas de punir Israël s’il lance une campagne militaire à Rafah sans assurer la sécurité des civils».

Politico de poursuivre: «Aucun plan de réprimande n’est prévu, ce qui signifie que les forces israéliennes pourraient entrer dans la ville et faire des victimes civiles sans subir de conséquences de la part des États-Unis».

En novembre, Kirby a réaffirmé qu’il n’y avait pas de «lignes rouges» concernant le meurtre de civils par Israël. «C’est toujours le cas», a déclaré Kirby. «Il est également vrai que les frappes aériennes se poursuivent et que des civils meurent lors de ces frappes ».

Les révélations sur les transferts de routine d’armes américaines interviennent alors que des informations quotidiennes font état de nouveaux crimes de guerre israéliens à Gaza. Mercredi, le ministère de la Santé de Gaza a déclaré que deux personnes supplémentaires étaient mortes de faim et de malnutrition, ce qui porte le total à 20. Les Nations Unies ont averti que «le taux de malnutrition chez les femmes enceintes et allaitantes a augmenté, ce qui pose des risques importants pour la santé des mères et des nouveau-nés».

Lors d’une visite à Gaza en début de semaine, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a constaté, selon le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, « des niveaux sévères de malnutrition, des enfants mourant de faim, de graves pénuries de carburant, de nourriture et de fournitures médicales, des bâtiments hospitaliers détruits. L’hôpital Kamal Adwan est le seul hôpital pédiatrique du nord de la bande de Gaza et il est submergé de patients. Le manque de nourriture a entraîné la mort de 10 enfants. Le manque d’électricité constitue une menace sérieuse pour les soins aux patients, en particulier dans les zones critiques telles que l’unité de soins intensifs et l’unité néonatale».

(Article paru en anglais le 7 mars 2024)

Source : WSWS
https://www.wsws.org/fr/…

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